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Ouvert lorsque c’est possible,  ferme lorsque c’est nécessaire
Frank Beckx, CEO Voka

Ouvert lorsque c’est possible, ferme lorsque c’est nécessaire

L’Europe se trouve à un tournant dans ses relations économiques avec la Chine. Ce qui, pendant des années, a surtout été synonyme de croissance des échanges commerciaux et d’avantages mutuels, s’est aujourd’hui transformé en une dépendance stratégique où l’accès aux matières premières essentielles occupe une place centrale. Les nouvelles conclusions d’une étude récente montrent clairement à quel point cette dépendance est profonde. Le Voka plaide en faveur d’une approche réaliste et équilibrée : rester ouvert dans la mesure du possible, agir avec fermeté lorsque cela s’avère nécessaire.

Les matières premières critiques constituent l’épine dorsale de l’économie moderne. Elles sont indispensables aux applications numériques, aux énergies renouvelables et à la production industrielle. Citons notamment les batteries, les éoliennes, les semi-conducteurs et les applications de défense. Dans le même temps, l’Europe dépend en grande partie des importations pour ces matériaux, et en particulier de la Chine. Cette dépendance ne tient pas seulement au volume des importations européennes, mais aussi au caractère crucial de ces matières premières pour l’industrie.

Le rôle central de la Chine réside principalement dans la transformation et le raffinage des matières premières. Dans de nombreux cas, il ne s’agit pas de l’extraction proprement dite, mais de l’étape suivante : la transformation des matières premières en intrants industriels utilisables. La Chine contrôle aujourd’hui une grande partie de cette étape intermédiaire de la chaîne de valeur. Il en résulte une dépendance structurelle dans ce qu’on appelle le « midstream » de la chaîne. C’est précisément à ce niveau que les alternatives sont difficiles à développer et que les coûts de transition sont élevés. Parallèlement, grâce à une stratégie industrielle, à des subventions et à des contrôles à l’exportation, la Chine renforce délibérément son influence géopolitique par le biais des matières premières. L’accès aux matières premières critiques est devenu un instrument géopolitique pour la Chine.

La dépendance vis-à-vis de la Chine se répercute sur plusieurs secteurs clés qui déterminent l’avenir de l’Europe. La production de batteries et les véhicules électriques dépendent de matériaux tels que le lithium et le cobalt. L’industrie des semi-conducteurs repose sur des matières premières telles que le gallium et le germanium. Les énergies renouvelables et les applications de défense nécessitent quant à elles des métaux rares et des métaux spécialisés. Ce qui rend cette dépendance d’autant plus problématique, c’est qu’il existe souvent peu de substituts. Même de légères perturbations dans l’approvisionnement peuvent donc avoir un impact économique considérable.

Dans ce contexte, le Voka plaide en faveur d’un changement de cap clair dans la politique européenne à l’égard de la Chine. Il estime que la relation a fondamentalement changé : ce qui était autrefois une relation économique relativement équilibrée a aujourd’hui évolué vers une situation marquée par une asymétrie manifeste et une dépendance croissante. Le Voka ne préconise pas une rupture avec la Chine. Au contraire, la Chine reste à la fois un partenaire, un concurrent et, dans certains domaines, un rival systémique. Le défi consiste à reconnaître cette complexité et à la gérer de manière stratégique. À cet égard, le Voka souligne que l’inaction n’est pas une option neutre. Sans action, la vulnérabilité de l’Europe s’accroît automatiquement. L’Europe doit donc passer d’une approche plutôt naïve à une politique fondée sur le réalisme économique et les intérêts stratégiques.

Les marchés ouverts restent essentiels à la croissance et à la prospérité, mais ils ne peuvent fonctionner que s’il y a réciprocité et concurrence loyale. Concrètement, cela signifie que l’Europe doit concilier trois priorités. Premièrement, elle doit s’engager en faveur de conditions commerciales équitables. Deuxièmement, elle doit réduire ses dépendances stratégiques, notamment dans des secteurs critiques tels que les matières premières – en misant sur le recyclage et l’extraction européenne – et la technologie – en misant sur l’innovation et un cadre réglementaire souple. Troisièmement, l’Europe doit renforcer ses propres fondements économiques grâce à l’innovation, à la capacité industrielle et à un marché intérieur qui fonctionne bien.

L’objectif final est une forme de « mondialisation intelligente » : une économie ouverte qui soit en même temps suffisamment résiliente pour faire face aux chocs géopolitiques. Il ne s’agit pas de se replier sur soi-même, mais d’adopter une stratégie mûrement réfléchie dans laquelle la sécurité économique et la coopération internationale vont de pair.

Frank Beckx, CEO Voka

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